Le temps du sub 40' est encore loin. Mais je suis patient. Et plutôt du genre volontaire. Après tout, un bourricot de ferme ne peux pas décemment prétendre à autre chose.

Bref, un mois après les 42'30" aux 10km de Rouen, me voilà, ce matin, dans une nouvelle récidive. Aux 10km d'Offranville.

Pour la grande histoire, cette course FFA, a le grand avantage de permettre aux locaux d'aller chercher, pour la dernière fois de l'année, leurs qualifs pour les "France".

Il y a donc du niveau. La preuve, à l'exactitude près, avec une course gagnée aux alentours de 31'.

Pour la petite histoire, je suis dans les 200ers sur 910 classés avec un 42'07" à la montre (officiellement 42'09" et 177ème/915classés) 

Si à chaque course, j'arrive à grapiller une bonne vingtaine de secondes, il me reste encore 5 - 6 galopades sauvages avant de classer le sub 40'. Mais ça, c'est si la progression est linéaire. Ce qui fondamentalement est utopique. Les dernières secondes à gagner sont souvent pondérées d'un coefficient multiplicateur inversement proportionnel au litre de sueur à lâcher pour aller les chercher.

C'est peut être bizarre, mais plus tu cours vite et moins tu gagnes de temps.

Le récit :

Depuis Rouen, j'ai fait des séances violentes. Qui à chaque fois m'ont vu lâcher 3 litres de bille nauséeuse en fin de dernier sprint.

D'abord 12x300 vendues à 57" que j'ai du passer de mémoire en 1'05" de moy, avec autant de récup. Puis la semaine suivante, 12x400 en 1'15" que j'ai du passer en 1'25"-1'30", avec 1' de récup. Puis enfin 6x500 en 1'40", passées en 1'40'-1'45", avec 1' de récup. Le tout agrémenté de footings à 13km/h. Tout cela pique. Mon petit corps musclé et poilu en est tout bouleversé. Lui qui est habitué aux longues chevauchées calmes, dans la contemplation d'une abeille qui vole, happé par le temps qui passe, bercé par la douce poésie du monde.

Ça pique, mais au moins, en me lançant à Offranville, sur la ligne de départ, j'ai le sentiment d'avoir fais mes devoirs.

Sauf que ma gorge traîne une vilaine angine. Sauf que je suis sous antibiotiques. Sauf que je suis sous Ibuprofène. Au comble du pas de bol, la prise du dernier médoc est tellement récente, qu'il ne me servira même pas de dopage....

L'échauffement se fera avec 2 potes du club, le Running Vallourec Deville, Pietro et Denis. Je sais pas vous, mais j'aime bien ces moments post course. Ça charrie, ça rigole, ça chahute, ça fait semblant de prendre ça cool.

Bref, un jeune gars se lance comme meneur d'allure 40'. Je l'accroche, un peu follement, jusqu'au 4ème. Où il se rend compte qu'il est à la bourre. Il accélère, me laissant couillon d'une allure qui me plaisait bien. Je maintiens un bon rythme jusqu'au 6ème. Et dois certainement être encore sur des bases à 41'. Chéri et adoré accompagnée de madame chéri et adoré, invités surprises du bord de touche, me dira plus tard, qu'à ce stade de la course, que j'avais une foulée qui ressemblait encore à quelque chose.

141116-offranv-0177

Au départ. Le 611 concentré.

Je maintiens l'allure jusqu'au 8ème. Germain, un nouveau pote de Sameforme, me reprend alors que je l'avais doublé et m'exhorte à finir ensemble. Puisque je vous dit que c'est un pote....

Mais la côte entre le 8ème et le 9ème me dégomme la volonté. Plus de son plus d'image arrivé au sommet. A la borne du 9ème, Chéri et adoré sort son string en cuir et me claque les neurones "ALLEZ !!!! C'EST BIENTÔT FINI !!!! ENVOIES !!!! REPRENDS GERMAIN!!!!". Je suis détruit au 5ème degré. Mais tente de relancer. Germain, même s'il n'est pas si loin, ne sera pas repris.

50m avant la ligne d'arrivée, je sens un souffle chaud dans ma nuque. Par principe, je n'aime pas trop sentir qu'on se chatouille dans mon dos. Le gars me double. Je lâche les chevaux et  finis d'une tête devant lui sur la ligne. Je me retourne et nous tombons littéralement dans les bras l'un de l'autre, à la fois morts de rire et contents d'avoir vécu ce sain moment d'émulation.

unnamed

L'attaque est soudaine, fulgurante.

sui

Mais pas suffisante. Yek, Yek......

Entre les grilles qui nous conduisent au comptage classement, 2 litres de nausée viendront récompensés ces efforts de fin de vie.

La nausée passée, j'embrasse Germain, puis Pietro et Denis. Quand la course à pied vous rend amoureux....

C'est maintenant officiel : je hais le taré qui a inventé le 10 et son entraînement qui me donne des symptômes de femme enceinte.

Mais quand même ! Vivement le prochain que je tente une rupture de poche à eau...

sans-titre