Pour reprendre une expression chère à Manue, ce trail de la côte d'opale s'est terminé sur un malentendu : je termine 8ème au général et 1er V1.

Chéri et adoré m'avait donné de simples consignes. "Fais toi mal ! Décrasses le pot d'échappement !"

Pietro, un de mes cops du club (le Running Vallourec Deville), juste avant de décoller, m'avait fortement conseillé de coller la ligne de départ pour ne pas me trouver coincé en cas de rétrécissement.

Bref, échauffement sur la plage, collage de la ligne de départ, compressée au fil des minutes par la marée montante, n'y tenant plus, voyant au loin le passage sur le sable léché par les vaguelettes de la marée, quelques coureurs s'élancent sans attendre le top départ officiel, entraînant dans son sillage les 1500 concurrents, palmes à la main.

Je donne quelques "tapettes" sur les hanches pour me frayer un chemin parmi les concurrentes juste devant moi. Et me retrouve dans le groupe des 50ers coureurs. Ce qui me pose question. Je ne suis pas à ma place. D'habitude je décolle toujours en dernier et remonte progressivement ce que je peux du peloton. Pour finir gentiment en milieu de tableau, voire dans le 1er tiers, quand j'ai bien mangé toute ma soupe la semaine précédent la course.

Le passage sur la plage, avant de rejoindre la jetée, est inondée. Les avions de chasse de devant courent sur l'eau. Les spectateurs, assis sur les rochers, nous préviennent du danger qu'il y a à courir les pieds dans l'eau sans pouvoir "voir" les cailloux qui sont sous l'eau. Sur ma gauche, 3-4 gars escaladent les rochers pour récupérer au plus vite la jetée. En 2" je me décide à faire la même chose. Les cuisses crissent déjà....

Morceau de jetée, escalier qui redescend vers la plage. Sans bouchon. Après la course les cops m'expliqueront qu'ils ont eu le temps de boire un thé, manger une choucroute et pêcher 3 poissons avant de pouvoir descendre l'escalier.

Le sable de la plage est dur. Et me rappelle celui du désert. J'envoie ce que je peux en tentant d'en garder sous le pied. Je dois être à 4'-4'10"/km.

Autour de moi, tout le monde est équipé d'un camelbag. Signe qu'ils sont tous sur le 14k m. Et non sur le 7. J'interroge quelqu'un "Heu.... Le 7 ? Il partait bien en même temps que le 14 ?" Qui me répond "Yep !" Bon.... Après tout... Les champions du 7 sont forcément devant ceux du 14 et c'est donc normal que je ne les voies pas. 

La 1ère moitié de course est pliée dans de bonnes conditions. Vent dans le dos, sur du sable dur, le souffle encore propre, même si ceux avec qui je courre, camelbag dans le dos, rigolent à cette allure.

Demi tour après une dunette. Les 14 partent à droite. Les 7 à gauche. Enfin...Tous les coureurs partent à droite ! En ligne de mire, sur la gauche, il y a juste un gars à 50m devant moi. Je me dis que les stars sont loin devant.

Je n'ai pas le temps de me poser plus de questions que cela. Le vent m'explose le pif. Mes oreilles se collent au crâne, rabattues lamentablement, tel le cocker en mal d'amour, à qui l'on a refusé une demi croquette, pourtant resté digne en ne se contentant que de regarder amoureusement le tibia de la dame.

Le sable est mou. Comme dans les ergs du Maroc. Je pioche comme un dératé. Mais sans bâtons. Les cuisses crissent sans retenue. Le souffle est hors de lui. Je n'en peux plus. Mais me bagarre, à 6'30"/km. "Sans dèc !! T'as pas eu ta dose de sable, l'autre coup ? Espèce de taré !!!". J'envoie.

Retour sur la plage. Je croise le reste du peloton. Les copines du club me reconnaissent "CEDRIIIIIIIIIIIIC !!!!". Patrick Bruel entame sa 2ème plaquette de prozac affalé dans son rocking chair. Je relance. Le gars qui est devant est toujours à 50m. Je ne vois pas au delà.

A l'intérieur, j'explose. Je commence à pousser mes p'tits cris à la Serena Williams. 2 foulées, un cri. Ridicule. Les supporters qui sont sur le côté m'encouragent. Et éclatent de rire dès que je les ai passés. Impossible de se prendre au sérieux.

Enfin le village. Enfin la route. Au loin des petits drapeaux. Je relance. A pas loin de 3'50"/km. Je suis à deux doigts de tomber. Ces petits drapeaux doivent être la ligne d'arrivée. Le gars qui est devant, le gars qui devrait franchir la ligne d'arrivée, tourne à droite. "Sans dèc ! Il me nargue ou quoi ? Quoi ? C'est fini ! Arrêêêêêtes toi !! Qu'on boive un coup ensemble !!!!!". La ligne d'arrivée est 300m plus haut. Après le faux plat.

Passé le virage, je suis à deux doigts de tomber dans les pommes. Il me faut 20m pour reprendre mes esprits. Et tente de finir en sprint.

Je franchis la ligne comme si j'avais fait un cent bornes. C'est même pire. Je sens que je vais m'évaporer. Un couple de cops, au pied de la ligne, me félicite. Moi : "Je suis mort ! J'en peux plus ! C'est trop dur comme effort ! Au fait, je suis combien ?". Eux : "7 ou 8ème !!!!!". Moi : "N'importe quoi ! Arrêtez de vous foutre de ma guoule !!! Bon ! Alors ? Je suis combien ?". Eux : "7 ou 8ème !!!!". Je ne comprends pas. Je ne me souviens pas avoir lu que le 7 était réservé au moins de 6ans. Je vais dans le stand. Il n'y a personne. Juste 4-5 gars. On se tape dans les mains. Moi :" Ils sont où ceux qui ont gagné ? Sous la douche ?" Eux : "Bah...Non... C'est nous !" Moi : "Allez ! Arrêtez de me faire marcher ! Sans dèc ! Ils sont où ?" Eux : "Bah.. C'est nous..." Moi : "Ah....". Rapide calcul. Ils ont tous l'air bien jeunes. Genre 20 ballets. 30 maxi. Serai je, à l'insu de mon plein gré, sur le podium des V1 ? Ce serait trop classe : une coupe pour le club.

Plus tard, une magnifique glacière portative sous le bras, mais à mon grand désespoir sans coupe, j'envoie ce sms à chéri et adoré "Sur un malentendu : 8ème et 1er V1" Qui me répond "Il n'y a jamais de malentendu et les absents ont toujours tort. Félicitations !".

Bref, pour ce 1er et très raisonnablement dernier podium, je suis plutôt content.

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