Le compte rendu de cette course va être long. Long d'une semaine....

Et comme je ne sais pas encore très exactement comment l'aborder, on va y aller petit à petit. Et essayer d'en finir avant 2028. D'ac ?

Bref, c'est parti !

Rappel des faits - Cédric V, 43 ans, marié, 2 enfants, 2 chats, 2 demi-neurones (si si c'est important pour la suite... L'erreur serait d'imaginer que vous avez à faire à un mec intelligent. Un mec intelligent reste chez lui.), se voit imposer en 2006, après 3 bières, la course à pied pour nouvelle activité ludique. 8 ans plus tard, les 2 demi-neurones atrophiés, Cédric V prend la décision de sa vie : il va courir le marathon des sables en slip. Cette décision même si elle est discutable dans le fond va se révéler dans la forme être une grossière erreur. Qu'il paiera cher pendant 2étapes. Par chance, à deux doigts de basculer du côté obscur, Cédric V sous les conseils avisés des doc trotter (médecins du MDS) prendra la 2ème grande décision de sa vie : il poursuivra son aventure sans slip. Pfiouuuuu.... Là, il a vraiment eu chaud....

Ca vous gonfle pas, vous, de voir un gars qui parle de lui à la 3 ème personne ? Moi, si... Sans dèc !

Bref, le vendredi 4 avril 2014, après 2 ans de préparation éprouvantes, équipé d'un genou psychotique mais animé d'une envie féroce de bien faire je me suis présenté sur la ligne de départ du marathon des sables 2014. Le marathon des sables. Celui qu'on voit à la télé. Celui qui fait se hérisser les poils pubiens tellement il est bien présenté. Celui qui fait rêver. Celui qui vous transforme en héros. Celui qui vous rend fort. Celui qui vous permet de passer à la télé. Celui qui vous permet de voir votre tronche dans les journaux. D'être dans la photo. Le marathon des sables.

Pour bien le vivre, j'avais prévu de le finir. Je l'avais rêvé fini dans la 1ère moitié du peloton (1029 au départ donc à la 514,5 ème position, c'est à dire 515 ème mais avec juste une jambe et un bras - après tout, on sait jamais, autant penser à tout). Au plus luxueux des rêves, assis sur un tapis volant, je me voyais finir dans le 1er tiers (1029/3 = 343 ème!!!!!! - cette fois çi avec les 2 bras et les 2 jambes). Les dernières discussions stratégiques d'avec Chéri et adoré me projetait sur une allure moyenne de 3-4 km/h. Steph-pas-mieux et Jérôme, mes 2 avions de chasse préférés, avaient tapé un bon gros 7 km/h de moy en 2004. Alors qu'ils sortaient du 2h40-2h45 sur marathon. 3-4km/h, quand on sort du 3h30 sur marathon, ne manquait donc pas d'ambitions.

Ceci étant dit, je ne me suis pas inscrit au marathon des sables pour autre chose que par goût du voyage. Cette projection d'outils version compétition est juste construit afin de pouvoir l'utiliser pour quand ce sera dur. Parce que ces outils me permettent d'aller plus loin dans le voyage. Voyage que je viens chercher dans l'ultra. Voyage intérieur. Voyage résolument tournés vers les autres, vers la vie. Enfin, ça c'est ce que j'étais venu chercher....

Plus concrètement, le voyage pour aller à Ourazazatte s'est bien passé. Si, si. L'avion c'est pas trop long et le bus c'est pas trop schuss. Quoi ? Bon, je voulais juste dire que c'est bien dommage que le bus ne soit pas équipé d'un moteur à réaction. Bon...

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Pause bus. Tout le monde en ligne. Au passage, ce début de compte rendu est longet si l'envie vous vient, n'hésitez pas. Je vous attends.

Avant l'avion et le bus, pour la petite histoire, copain Franck, qui au passage à changer de statut (maintenant c'est "ma poule")(ok, c'est encore plus con, mais ça lui va vraiment bien)(et pis c'est lui qu'a commencé), m'a invité au petit matin, dans l'hotel parisien, juste avant de prendre l'avion, à venir le prendre en photo sous la douche.... Comment dire..... Nous nous connaissions à peine.... "T'es vraiment sur ?" Lance-je."Ouaih ramènes toi avec l'appareil photo, c'est trop cool, il y a de la lumière bleue qui sort de la douche !!!!". Grand moment de solitude.... Je ne le savais pas encore, mais ce gars allait finir 85ème du MDS. Et bien que ne l'ayant pas encore vu briller fluorescent dans la nuit du désert, j'ai pris conscience, en appuyant sur le bouton de l'appreil photo, que ce gars était entrain de gagner mon amitié. Dommage qu'ensuite, qu'à la sortie de l'hotel, 2 gars en blouse blanches soient venus me le prendre..

Bref, le voyage s'est bien passé et ma poule aime bien les douches bleues.

En à peu près 10h plus tard, nous v'là rendu impasse du désert. Le camp est installé. Nous descendons du bus et nous nous auto-affectons de manière ultra scientifico-pifométrique dans la 1ère tente venue. La tente N°36.

Chaque tente pouvant accueillir 8 personnes, qu'ils étaient 5, que nous étions 2, que ça le faisait pas mal, qu'on s'est installés. La vie de cette tente N°36 méritant un post dédié, je reviendrais sur le sujet plus tard. D'ac ? 

Le camp est juste au pied du désert. Direct. Ça fait tout drôle. Bien qu'encore dans le confort de notre sac de voyage, on peut commencer à toiser le jaune majestueux du désert. Ça fait tout drôle parcequ'il est loin et haut. Comme si le marchand de sable était venu le poser à grands coups de camion benne sur le sol. Deux jours à le toiser. A la fois magnifique, attirant et impressionnant. Il suscite curiosité, envie d'en découdre vite, tout en nous laissant tout petit.

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L'ombre de franck (les gars en blouse blanche ont fini par le relâcher), guignol, les tentes et au fond le désert.

Le vendredi soir et le samedi seront dédiés aux contrôles techniques et au laché prise du confort du sac de voyage. Avec les ultimes choix de survie ou de confort. Choix lourds. Toujours trop lourds.

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Avec les docstrotters. Avant c'est la balise de sécurité et après le dossard.

Pour les choix, le point de confort est avec le recul un point qui me parait extrêmement important. Pour les uns, c'est la possibilité de se laver tous les jours, pour d'autres, c'est la nourriture, me concernant c'était juste de pouvoir m'asseoir après avoir couru et pour manger. Ce pouf jaune a été mon point de confort. Ma bouée du désert. C'est la 1ère chose que je faisais quand j'avais fini de courir. Je sortais mon matelas, le gonflait un peu, le roulait et le mettait dans son sac plastique. Et après, WAZA, la grande classe. Je ne serai pas surpris d'apprendre que l'année prochaine ce se ne soit le truc à la mode au MDS. Le 2ème point de confort, gonflé à l'arrache juste avant de rendre le sac de voyage, sera de mettre plus de nourriture que prévu dans le sac de survie. Le 3ème point de confort, auquel je n'avais pas pensé et qui me manquera en terme d'autonomie sera le brossage de dents. Quand ma poule me prêtait sa brosse à dent, WAZA,  c'était la grande classe aussi.

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La Le pouf du désert

Bref, maintenant qu'on a fini de causer chiffons, passons à la galopade sauvage. 

Etape 1 - 34 kms - Désert du 3ème au 15 ème km

Imaginez. Il fait bô. Déjà une bonne chaleur. Tout le monde sait que dans 3 bornes c'est le désert. Le sable. Les cuisses qui vont piocher. Enfin le début du rêve. Concret. L'hélicoptère tourne. "Be happy" dans le magnétophone. Patrick Bauer sur le 4x4 qui motive la troupe. Je fait le vide. Je cherche l'émotion. Je cherche ces 2 années de préparation. Je puise jusqu'au fond pour aller chercher tout le monde. Pour aller chercher la maison. Il ne se passe rien. Je ne suis pas dans la course. Pas dans l'émotion que j'imaginais. C'est vrai que c'est classe d'être là. Certes il manque ACDC mais c'est classe d'être là. Je suis juste dans le contrôle. Ma poule est pas loin. Photo. On s'empoigne. On s'empoigne avec les autres concurrents.

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Avec ma poule.

La musique monte d'un cran. L'émotion est superficielle. Pas profonde. Je contrôle. Le départ est donné. J'hurle. Nous hurlons tous. Les chevaux sont lâchés. L'hélicoptère, au ras du sol, nous survole en crabe. Remonte le peloton, puis le redescend. Ambiance "good morning vietnam". Les warriors ont désert ce matin. Et enfin, ACDC hurle son marathon des sables dans le magnétophone. Là, les poils se dressent. On est dans la photo. Dans la télé. Enfin ! Je me calme. Me contrôle. C'est la 1ère étape. Et j'ai pris la décision de marcher du début à la fin. Sauf les 3ers kms. C'est juste impossible de marcher sur les 3ers kms. De toute façon une fois que le sable nous présentera son paillasson "bienvenue", la marche s'installera naturellement.

Cette 1ère étape n'a qu'un but. Laisser à mon corps le temps de s'habituer à la chaleur. Chaleur évolutive au fil de la journée. Voir comment je vais m'hydrater. Voir comment je vais réagir au sable. Voir si je vais pouvoir manger en avançant. Voir comment le sac se porte. Voir si mon genou encaisse. Voir, apprendre, s'adapter. Pour bien le vivre. Et être prêt à survivre pour quand le dur sera là. Bref, la stratégie est simple : je marche et je fais des photos.

Au bout de 3km, une longue file indienne de fourmis commence à remonter les grains de sable. Je prends mon temps. Contrôle. Les cuisses commencent déjà à grincer des fibres. Je lève les yeux et regarde effaré deux gars hors trace se balader. On est dimanche. Ils sont entrain de digérer en causant caisse à outils. Il y a un truc. L'un des deux serait il Garcimore ? Ils se baladent !!!! Sans dèc. Tout le monde est entrain de s'épuiser et eux ils se baladent. Un drapeau rouge et blanc flotte sur l'un des deux sacs. On dirait un drapeau suisse. A tous les coups ce sont des montagnards. Qui maîtrisent la grimpette. Ils coupent notre trace de fourmis. Je me glisse derrière et leur demande s'ils sont ok pour m'emmener "No problemo !". On cause. Je découvre que Patrick et Chris sont parisiens mais avec un pied en montagne. Ce qui n'explique pas leur facilité. On recause. Je découvre alors que Patrick a déjà fait 4 fois le Paris Dakar en moto. Qu'il connaît le sable par coeur et plutôt à 160 km/h. Vient le temps de l'apprentissage. Il me montre le sable. M'apprends à le lire. Les petites vagues sont signe d'un sable dur. Plus elles sont espacées, plus c'est mou. La ballade dans le désert commence. Pendant ce temps là, la file indienne, à force de piétinements, mélange le sable, le rendant mou.

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Le désert est mon ami. Le sable, hors trace, est dur et repose les jambes. Grâce à Pat et Chris.

Passé le désert, le 1er check point, où nous est distribué de l'eau, est havre de paix. Chris et pat attendent leurs potes. Je repars seul. Et marche, tout en contrôle jusqu'à la fin. Pendant que d'autres tentent de courir, je me concentre sur l'hydratation. Sur l'ordre dans lequel il me faut manger les barres. D'abord la barre figue, puis la barre pâte d'amande, puis la barre salée, puis le gel, qui va me coller les doigts et le sac jusqu'à ce que je comprenne qu'il me faut le manger à un CP afin de le jeter de suite dans une poubelle. Et enfin le nutraperf, à mettre dans de l'eau. Le tout ingurgité en une fois toutes les heures. Cet ordre a un sens. Les figues d'abord parce que c'est le plus sucré et à priori le plus écoeurant. La pâte d'amande en deux parce que c'est ma préférée. La barre salée parce que le sucre ça peut devenir écoeurant à force d'avancer. Le gel parce que l'étape est pas loin d'être finie et que j'ai donc besoin de l'énergie tout de suite (contrairement aux barres à effet long). Le nutrarécup en dernier parcequ'en fin de galopade j'ai moins faim. Et que ça aidera par anticipation à la ré-hydratation du corps.

Bref, je fini cette 1ère étape cool. J'ai appris un peu du désert. Je m'hydrate correctement. J'ai trouvé l'ordre qui va bien pour manger en avançant. J'ai fais plein de photos. Et la vie, c'est cool.

Cerise sur le gâteau, j'apprends que je fini 390ème. Bizarre. Bon. Pas d'emballements. La course ne fait que commencer.

Comme le compte rendu. Vous étiez prévenu.... Au fait, ce n'est pas trop rasoir ?